• Marina Martin

Black Friday : ma carte bleue, les éléphants et moi

Mis à jour : il y a 5 heures



3.2.1. Achetez !

L’adrénaline monte. Face à l’écran nous sommes tremblants, fixant cette offre incroyable qui se termine dans exactement 1 heure, 29 minutes et 17 secondes, 16, 15, 14… Le cœur qui bat la chamade devant ce décompte. Saisis d’un pic d’anxiété à l’idée de rater cet article ultra soldé. Et notre conscience qui s’est répartie les rôles, un pour chaque épaule, et nous murmure à l’oreille reproches silencieux et désirs interdits. Je clique, je ne clique pas? Le chemin de la raison et l’avocat du diable. Je valide mon panier, j’éteins mon PC ?

Ce mois-ci, le Black Friday arrive. Un évènement commercial d’ampleur qui a traversé l’atlantique pour arriver jusqu’à nous et signe pour les semaines à venir, le top départ d’une surchauffe certaine de notre CB.

Pour lors, comment tirer à son avantage cette période de rabais sans se laisser happer par cette folie consumériste, et faire rimer achat avec BA ?

Une BA pour Soi: parce qu’on le vaut bien

Commençons par interroger la raison de cette nouvelle emplette. Est-ce que j’en ai vraiment besoin? Ou suis-je en train de répondre à un besoin créé de toutes pièces par un esprit perméable à la logique “je dépense donc je suis” signé “Descartes de crédit”? Car grande est la tentation de glisser dans les méandres de ces fausses promesses de bonheur, de se perdre dans les rouages mensongers de la vie qu’on achète en même temps que le produit. Ce plaisir éphémère qui se joue de notre bonheur, fourvoyés que nous sommes dans ces illusions tenaces qui gagent amour gloire et beauté. Dupés par ces jolies couleurs et scintillantes lumières.

Le matériel pour personnifier cet idéal d’un soi qu’on estime trop fade. Une nouvelle marque pour cacher ses failles. Un pansement pour égo étiolé en quête d’approbation et d’identité. Un prix exorbitant pour compenser le manque de valeur que l’on s’accorde. Comment avons-nous pu penser que du matériel montre mieux que nous notre valeur et qui nous sommes? Comment un pull pourrait augmenter notre valeur alors que c’est nous qui lui conférons sa beauté et son unicité?

L’heure est venue de lâcher l’idée saugrenue que notre bonheur se trouve dans le sac que nous arborons, pour une plus audacieuse: qu’il émane de nous.

Rappelons-nous que “ce n’est pas la robe qui fait la femme mais la femme qui fait la robe”.

Alors quand on enlève nos vêtements, qui sommes-nous?

En ce temps où notre liberté est mise à l’épreuve, retrouvons cette liberté intérieure d’être. De nous définir comme nous le choisissons. De lâcher le poids écrasant des usages établis pour créer notre propre chemin et entendre notre âme sourire.

Car vouloir des vêtements de qualité dans lesquels on se sent bien, oui. Dont le nom détermine ce que nous sommes, non. Alors, avant de foncer nous ruiner tête baissée, apprenons à nous définir hors de la cohue des magasins et à revenir à la valeur que l’on s’alloue. Posons un regard plus objectif sur nous, sondons nos qualités, nos bonnes actions qui méritent d’être énumérées: en quoi nous sommes importants pour notre famille, pour le monde, quelle est notre contribution à le rendre meilleur?

Imprimons-le une bonne fois pour toute: nous ne sommes pas aimés pour nos nouvelles baskets bien blanches ou notre rouge à lèvres tendance. Et pourtant, nous sommes aimés. Alors qu’est-ce que l’autre voit en nous qui parfois nous échappe? Prenons le temps de nous apprécier pour ce que nous sommes: un être unique. Sans chercher à nous comparer, ni ressembler à ce qui n’est pas soi.

Une BA pour les autres: l’importance des relations humaines

Nous vivons souvent une déconnection entre l’acte d'achat et ses répercussions. Ce qui n’est pas cher à notre porte-monnaie va revenir cher à quelqu’un ou la planète. Alors repensons plutôt nos achats dans un global.

Pourquoi l’autre? Car on sait que si notre espèce a survécu, ce n’est pas parce que nous sommes les plus forts, que nous avons les plus longs crocs ou grandes griffes. Mais parce que nous avons su avancer ensemble. Nous sommes tellement dépendants de l’autre. Liés à lui. Dans ce contexte qui a fragilisé nombre de petits commerces, privilégions ceux proches de chez nous. Produits du terroir, artisanat local, bien être… il y a de quoi faire! Alors avant de céder à la tentation du net, attendons leur réouverture, renseignons-nous sur ce qu’ils ont mis en place malgré les restrictions : un drive du livre pour une petite librairie, du « à emporter » ou « livré chez soi » pour d’autres, une visibilité en ligne de leurs boutiques…

Pourquoi ne pas solliciter nos amis à leur compte et faire nos cadeaux via leurs boutiques, pour faire découvrir de bons produits et bonnes adresses? Et ainsi contribuer à faire vivre une famille plutôt qu’à verser des dividendes à des actionnaires déjà bien enrichis. Car en achetant local, c’est des cours de danse et de piano que nous permettons à un gamin. Et ça c’est bon pour sa conscience.


Une BA pour la Terre: notre première maison, c’est elle.

Nous avons entendu parler de ce 7ème continent, une île de déchets de six fois la taille de notre pays. Ces déchets dont les conséquences sont déjà visibles dans les endroits proches de chez nous et nos paradis. Comme Bali. Cette “île des Dieux”, l’éden sur Terre. Quelle tristesse d’y avoir découvert ses plages croulant sous les déchets, d’avoir nagé au milieu des sacs plastiques que le courant remontait. Quelle douleur poignante de voir ces zones de paradis et de notre enfance, abîmées, dénaturées. Des expéditions de recherches et de préservations se mettent en place. Mais tous à notre niveau, nous pouvons contribuer. S’occuper de la terre n’est pas l’apanage d’une élite scientifique. En être intelligents que nous sommes, nous aussi nous pouvons instaurer des solutions à notre échelle

Alors profitons de cette période pour ne pas payer le prix fort. Ni pour nous, ni pour les autres, ni pour la Terre.

Commençons par lister ce dont nous avons vraiment besoin. Pouvons-nous utiliser ce que nous avons déjà ou l’emprunter? Utiliser des ressources qui existent déjà plutôt que d’en produire de nouvelles qui deviendront des déchets supplémentaires ?

Si un article qui nous fait de l’œil n’est pas sur notre liste, nous laisser 24 heures de réflexion, voire juste deux heures. Si le délai passé nous l'avons oublié, nous aurons fait de belles économies.

Achetons local: privilégions les petits commerçants d’Orange et de la région, ils en ont plus que besoin en ce moment. Des denrées qui seront consommées. Voire viser l'immatériel: expérience ensemble, bon bien-être... Si notre bien-aimé tient un commerce, pourquoi ne pas lui offrir un encart dans notre magazine préféré?

Allier convention du cadeau et sens c’est aussi organiser un tirage au sort pour Noël: n’être responsable du cadeau que d’une seule personne dont le nom nous ai communiqué par avance. Ce qui nous libère plus de budget, pour un cadeau plus personnalisé qui aura la chance de faire davantage plaisir qu’une multitude de cadeaux inutiles. Nous évitons par la même la corvée de magasins bondés avant les fêtes. Et ceux pour qui les magasins c’est vraiment votre kiff, proposez d’aller faire les achats de Noël des autres convives, vous serez leur héros du réveillon!

Finalement c’est acheter moins mais acheter mieux. Plus utile, qui fera plus plaisir. Qui ne coûte pas à un commerçant, à la terre, à une famille proche de chez soi ou à l’autre bout du monde. Dans ce monde où nous reconnaissons les logos des marques, mais pas les feuilles des arbres, choisissons une autre façon de consommer. Nous voulons faire plaisir à nos enfants? Faisons mieux ! Choisissons de les rendre heureux. Apprenons-leur la valeur de l’instant présent et du rire partagé avec ceux que l’on aime. Offrons-leur plutôt de beaux moments ensemble. Une planète où les éléphants et les orangs-outans existeront toujours. Une Terre où ils pourront grandir et s’épanouir. Et un avenir.


Par Marina Martin

Extrait publié dans LE PLUS ORANGE magazine, numéro de novembre 2020 #7


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